Abus de soufre : le cinéma français détourné version vinyle

Abus de soufre le cinema français detourné version vinyle

Abus de soufre : le cinéma français détourné version vinyle

Abus de soufre détourne les bandes originales du cinéma français avec une liberté sonore assumée. Huit titres revisités par une poignée d’artistes de la scène indépendante, entre relecture affectueuse et sabotage joyeux. Né de la collaboration entre les labels Distornoïz et Deviation Records, ce vinyle jaune vif rassemble Didier Super, Jean-Pierre Kalfon, Musique Post-Bourgeoise ou encore Rurik Sallé

Revisiter le cinéma français à travers ses bandes originales

À l’origine du projet, une envie simple : redonner vie à des musiques souvent oubliées, reléguées derrière les images ou passées sous silence. Abus de soufre s’appuie sur huit bandes originales de films français pour mieux les faire sortir de l’écran. Ce sont moins des reprises fidèles que des interprétations libres, où chacun imprime sa patte.

Loin d’un hommage figé, le disque revendique une approche sans contrainte. Les artistes ne cherchent pas à reproduire mais à rejouer, dans tous les sens du terme. Les thèmes sont parfois reconnaissables, parfois méconnaissables. Les morceaux gardent une trace du film, mais prennent vite une autre direction. Ce flou assumé crée une écoute nouvelle, où l’on se laisse surprendre.

Ce travail s’inscrit dans la continuité de la série de livres Le cinéma français c’est de la merde !, lancée par Rurik Sallé au sein du collectif Distorsion. Ces ouvrages mettent en lumière, avec humour et attachement, des films oubliés, étranges ou mal aimés. L’album prolonge cette démarche en musique, avec la même envie de donner une nouvelle place à ces œuvres quelque peu disparues.

Rassembler une bande d’artistes décalés

Rassembler une bande d'artistes décalés

La force du disque repose aussi sur ceux qui le composent. Chaque morceau est signé par un binôme ou un artiste à part entière, avec une liberté totale de ton. Pas de ligne esthétique unique, mais une cohérence dans l’esprit : faire autrement. Le casting mêle habitués du label Deviation Records, proches du collectif Distorsion et figures bien connues de la scène indé.

On retrouve ainsi Didier Super, en pleine forme, sur deux titres (« Reality » et « Sang pour sang »). Le duo Musique Post-Bourgeoise mêle « Dark Vador » et « Fantômas » dans une relecture complètement décalée. Eroina, Fugu Dal Bronx, The Pangolinz, Dude ou encore Rurik Sallé et Jean-Pierre Kalfon, rejoints par Manard (Ultra Vomit), complètent la troupe.Ce patchwork donne au disque son énergie. Chacun joue avec ses propres codes, son univers. Certains titres sont bruitistes, d’autres minimalistes, certains flirtent avec le grotesque. Tous racontent quelque chose du cinéma français à leur manière. Le tout ne suit aucune ligne imposée, il laisse place à l’invention et à l’instinct.

Faire sonner l’étrange : morceaux et ambiance

Chaque piste d’Abus de soufre explore une direction différente. Certaines installent un climat pesant, d’autres misent sur l’humour ou l’étrangeté. Ce n’est pas un album conçu pour plaire à tout prix, mais pour faire entendre autre chose. Une manière d’ouvrir l’oreille à des formes moins attendues.

Ce refus du confort est aussi ce qui trace un fil conducteur cohérent. Malgré la diversité des artistes, une même liberté habite chaque piste. Les voix grincent, les guitares saturent, les claviers tremblent. Certaines ambiances évoquent le cinéma de genre, d’autres basculent dans l’absurde ou le minimalisme. On ne sait jamais sur quel terrain on s’aventure.

Ce choix en fait une œuvre singulière. Elle ne cherche pas à être conceptuelle ni à brouiller pour le plaisir : elle reste ancrée dans une forme de spontanéité. Derrière les détournements, on perçoit aussi une forme d’attachement. Une façon un peu irrévérencieuse de célébrer ce cinéma parfois mal-aimé.

Sortie vinyle et clin d’œil aux fans de musique indé

Pas de version numérique pour cette sortie : Abus de soufre sort uniquement en vinyle, en édition limitée, numérotée, avec un pressage jaune vif et une pochette illustrée. Le choix du format n’est pas anodin. Il prolonge l’esprit artisanal et libre, tout en s’inscrivant dans une culture de l’objet, chère aux amateurs de musique indépendante.

Le visuel, signé JessX et Nicolas Bègue, évoque les affiches de films de genre, entre grotesque assumé et univers mutant. Il donne le ton : cet album ne se prend pas au sérieux, mais ne laisse rien au hasard. L’ensemble a été pensé comme un tout, à la fois musical, graphique et symbolique. Il s’adresse à celles et ceux qui aiment la musique quand elle déraille un peu.

La sortie est prévue pour le Disquaire Day 2025, le 12 avril, une date bien choisie pour toucher un public curieux, collectionneur, sensible à l’esprit DIY. Abus de soufre n’est pas qu’un disque, c’est une proposition artistique complète, un clin d’œil à une contre-culture vivace, inventive et joyeusement bordélique.

Ce qu’il faut retenir

En huit pistes et autant de détours sonores, Abus de soufre redonne une place centrale à des musiques qu’on croyait reléguées. À travers le jeu, la distorsion et la liberté, cette création collective propose une façon différente d’aborder le cinéma français. Moins comme un souvenir figé que comme une matière vivante à transformer.

Date de sortie : 12 avril 2025, à l’occasion du Disquaire Day.

Où le trouver : Le vinyle est disponible chez les disquaires indépendants participants au Disquaire Day.