Dogs : un son brut venu de Rouen
À Rouen, au début des années 70, les Dogs, groupe de rock français, choisissent une autre voie. Tandis que la scène française se tourne vers la variété ou le rock aseptisé, eux plongent dans les guitares saturées et les rythmes tendus. Le groupe, porté par Dominique Laboubée, s’inspire de la fougue du punk, du tranchant du garage rock et de la sensibilité de la power pop. Ils chantent en anglais, s’enregistrent à l’arrache, jouent sans calcul. Leur trajectoire se construit dans les marges : fanzines, petites salles, concerts marquants. Dans un pays frileux face aux sons bruts, les Dogs ouvrent une brèche. Leur son sec, nerveux, direct, capte une époque où créer, c’est résister. Leur discographie, même restée confidentielle, garde cette dimension émotionnelle d’un geste sincère, forgé loin des standards industriels.
Les Dogs, groupe rouennais entre punk, pop et garage
Dans les années 70, Rouen est loin des projecteurs. Pourtant, elle bruisse d’une énergie souterraine. Des jeunes branchent leurs amplis dans des garages, échangent des vinyles, montent des groupes. C’est là, dans cette effervescence discrète, que l’histoire des Dogs commence. Le groupe s’inspire de la scène britannique et américaine, mais forge un son qui lui est propre.
Très tôt, ils refusent les compromis. Ils enregistrent à leur rythme, tournent dans des bars, se produisent dans des salles de concerts locales. Leur démarche artisanale les rapproche de la scène punk française, encore balbutiante, mais déjà affranchie des codes établis.

Leur style repose sur des morceaux courts, des paroles tendues, des riffs secs. Ils mélangent plusieurs influences, sans jamais s’y perdre. Pas vraiment punk, pas tout à fait pop, ni strictement garage, le groupe occupe un entre-deux. Ce mélange de genres les rend difficiles à classer, mais contribue à leur singularité. Leur performance scénique directe, sans effets superflus, les distingue dès leurs débuts.
À cette époque, le disquaire Mélodies Massacre joue un rôle clé : c’est dans la cave du magasin que les Dogs enregistrent leur tout premier 45 tours en 1977. Une collaboration décisive, au cœur de l’émergence de la scène rock rouennaise.
Dominique Laboubée, voix et colonne vertébrale
Impossible de dissocier le groupe de Dominique Laboubée. Guitariste, chanteur, compositeur, il incarne l’héritage musical du groupe. Ce n’est pas un leader tapageur. Sa présence est sobre, concentrée. Il compose sans relâche, enregistre, répète, relance sans cesse la dynamique du groupe.

Son écriture évite les slogans faciles. Il choisit des mots simples, parfois bruts, mais toujours habités. Il y a dans ses textes un mélange de tension retenue et de pudeur. Cette élégance rock marque profondément l’identité des Dogs.
Laboubée ne suit ni les modes ni les promesses de carrière. Il poursuit son travail même quand les projecteurs s’éteignent. Il reste fidèle à l’esprit du groupe, malgré les changements de formation, les périodes de creux ou les projets avortés.Son parcours, discret mais constant, témoigne d’une exigence rare. Lorsqu’il disparaît en 2002 à 45 ans, cette mort tragique laisse une impression d’inachevé. Mais son nom reste dans les mémoires, comme une voix qui a su traverser le bruit sans s’y perdre. Il a donné au groupe une identité musicale singulière, à la fois tendue et maîtrisée.
Too Much Class for the Neighbourhood, album phare et mal compris
En 1982, les Dogs sortent Too Much Class for the Neighbourhood, un disque charnière dans l’histoire du groupe. Ce n’est pas leur premier, mais il incarne une forme de maturité. Le son reste rugueux, mais gagne en précision. Chaque morceau est ciselé et tendu.
On y entend l’écho des premiers albums des Clash ou de Dr Feelgood, mais sans imitation. Le groupe affirme sa ligne : des morceaux courts, nerveux, traversés de mélodies acérées. Le punk rock s’y mêle à des structures plus pop, le tout porté par une voix singulière.
L’album n’obtient pas de succès commercial. Dans une époque où le rock français cherche sa place, ce type de disque reste en marge. Pourtant, il séduit une poignée d’auditeurs fidèles, qui en font peu à peu un album emblématique.
Des labels indépendants comme Deviation Records participent à sa redécouverte. Les compilations 4 of a Kind Vol.I et 4 of a Kind Vol. II, A Different Kind regroupent des titres rares du groupe, avec un soin particulier apporté au son. Ces rééditions, également présentes dans le catalogue en ligne d’Hacienda, contribuent à faire circuler une mémoire musicale longtemps restée en marge.
Une influence musicale qui traverse les générations
Les Dogs ne sont jamais devenus une tête d’affiche. Leur nom ne figure pas dans les grands palmarès. Mais leur influence musicale est bien là. Elle se transmet de disque en disque, de scène en scène, d’un vieux fan à un jeune auditeur curieux.
Le groupe a connu des évolutions, des collaborations, des périodes de silence. Mais leur ligne artistique est restée intacte. Leur puissance scénique, leur refus des compromis, leur fidélité à un son brut ont influencé de nombreux groupes alternatifs (tels que The Froggies ou encore Les Olivensteins). Leur nom reste cité dans les fanzines, les blogs spécialisés, les émissions qui retracent l’histoire du rock français.
Aujourd’hui encore, leurs titres tournent sur des platines. Des reprises apparaissent ici et là (par exemple La Belle saison par Les Ennuis Commencent). Leur style, entre tension et retenue, continue d’inspirer. Dans une époque où beaucoup de groupes cherchent une image avant un son, les Dogs rappellent qu’il est possible de faire autrement. Leur scène musicale, même en marge, conserve sa vitalité.
Ce qu’il faut retenir
Les Dogs, groupe rock français à part, ont imposé une trajectoire libre, sans céder aux tendances. Ils ont chanté en anglais, enregistré à leur manière, joué là où on les attendait le moins.
Leur discographie, marquée par Too Much Class for the Neighbourhood, reflète une posture rare : jouer vrai, rester fidèle, créer sans attendre d’applaudissements.
Dominique Laboubée incarne cette droiture. Sa disparition a mis fin à une aventure musicale, mais pas à son écho. Il reste, pour beaucoup, l’une des figures fortes du rock indépendant français.
Et si leur nom ne résonne plus dans les salles aujourd’hui, il continue de circuler. Dans les vinyles, les souvenirs, les textes de fans. Les Dogs ont laissé une empreinte. Pas celle d’un phénomène médiatique. Mais celle d’un groupe sincère, qui a joué comme on écrit : avec nécessité.
Crédits photos : JP Turmel et Max Lebreton